HUGUES PANASSIÉ

ET LE
BULLETIN DU

 HOT CLUB DE FRANCE

   LES CHRONIQUES DE DISQUE 

Ecoutez des chef-d'œuvres du jazz tout en lisant la chronique
d'Hugues PANASSIÉ !

 
Just a settin' and a rockin' (1941)
Wallace Jones, Ray Nance, Rex Stewart (tps), Joe “ Tricky Sam “ Nanton, Juan Tizol, Laurence Brown (tbs), Barney Bigard (cl), Otto Hardwick, Johnny Hodges (as), Ben Webster (ts), Harry Carney (bs), Duke Ellington (piano), Fred Guy (g), Jimmy Blanton (b), Sonny Greer (d)


Bulletin du Hot Club de France N° 19 février 1952

 

Just a settin' and a rockin' est encore plus sensationnel. J'aime ce titre qui décrit si bien le genre de l'interprétation.

 « Just a settin' and a rockin' » cela signifie « rien qu'une mise au point et un plein swing ».

 

C'est un de ces morceaux dont l'arrangement n'a pas été écrit, mais qui ont dû être mis au point « oralement » en quelques minutes. Un thème de 32 mesures avec « pont» , d'une facture purement swing, très simple (mais avec un joli « changement » harmonique dans la seconde partie du pont), pris dans un tempo très modéré, est exécuté par quelques solistes avec des riffs d'ensemble qui « répondent » mélodiquement et rythmiquement aux phrases des solistes ou les annoncent. Just a settin' and a rockin', rien qu'une mise au point et puis plein swing, c'est bien ça ; c'est exactement ça.

 

 


Après une introduction de piano et contrebasse, Ben Webster exécute au saxo ténor, le 1° chorus, sauf le pont qui est joué de façon émouvante et mélodieuse par Ray Nance à la trompette. Le 2° chorus est entièrement interprété par Ben Webster. Le 3° et dernier chorus est partagé entre Tricky Sam au trombone (1° moitié) et Barney Bigard (2° moitié).


Ben Webster est en grande forme dans ce disque. Il est suprêmement « décontracté » , joue de façon directe et mélodieuse, raconte avec simplicité une charmante petite histoire musicale. Il a une trouvaille ravissante dans la dernière moitié du pont du 2d chorus. Sa sonorité, genre Coleman Hawkins, est très belle et son accent tendre, amoureux en quelque sorte, touche profondément. Lorsqu'il joue ainsi, Ben Webster est l'égal des plus grands.
Le demi-chorus de Tricky Sam est un modèle du jazz à l'état pur. Un riff très dépouillé, quelques « oua-ouas » expressifs sont exécutés avec une intensité saisissante. Ce passage dégage un swing encore plus grand que le solo de Webster.
Le solo de Barney est moins prenant, mais il est plaisant, et Jimmy Blanton fait preuve d'une inspiration extraordinaire à la contrebasse au cours du pont.


Cette belle interprétation n'a qu'un défaut ; le tempo ralentit sensiblement.

 

Mais cela ne vous empêchera nullement de l'aimer, de l'entendre et de la réentendre sans jamais vous lasser.