HUGUES PANASSIÉ

ET LE
BULLETIN DU

 HOT CLUB DE FRANCE

   LES CHRONIQUES DE DISQUE 

Ecoutez des chef-d'œuvres du jazz tout en lisant la chronique
d'Hugues PANASSIÉ !

 
Senegalese Stomp (1926)

Tommy Ladnier (tp), Jimmie Harrisson (tb), Buster Bailey (cl), Coleman Hawkins (ts), Clarence Williams (p), Leroy Harris (bj), Cyrus St. Clair (tuba)




Bulletin du Hot Club de France N° 196 mars 1970

 

Senegalese stomp est une merveilleuse interprétation et, à plusieurs égards, unique.

 

C'est le seul enregistrement (avec certains passages de Would Ja) où l'on entende Jimmie Harrisson tenir le trombone dans des improvisations collectives. C'est une révélation ! Il combine le style « tailgate » Nouvelle Orléans avec son style-trompette de soliste et, en dehors de Kid Ory, nul n'a utilisé aussi parfaitement le trombone en improvisation collective.


Vous ne remarquerez peut-être pas l'extraordinaire qualité de cette partie de trombone à première audition.

En effet, la partie de trompette de Tommy Ladnier, en gros plan, est d'une telle beauté qu'elle captive l'attention. A ce point de vue aussi, Senegalese stomp est unique. Il existe peu d'enregistrements où l'on entende aussi copieusement Tommy, et dans quelle forme ! C'est une véritable démonstration de trompette Nouvelle Orléans dans toute sa splendeur. Dès les premières mesures, Tommy (jouant seul avec la section rythmique) est en plein swing. Ensuite, il mène les improvisations collectives avec une puissance impressionnante, réapparaît brièvement comme soliste, répond pendant 8 mesures au saxo ténor de Coleman Hawkins, mène enfin le dernier chorus avec un swing écrasant.

 

En outre, ce Senegalese stomp permet de bien connaître le style de Tommy : en quoi il ressemble à King Oliver (le premier chorus, avec sourdine), en quoi il diffère de lui : une exécution plus exubérante (tendant à se rapprocher de celle de Louis Armstrong) ; notez. au début du chorus final, la force éclatante avec laquelle Tommy joue trois fois la même note !

C'est comme un trop-plein qui s'échappe; on est happé, soulevé, emporté par ce formidable« drive ».

 

Notons au passage que ce Senegalese stomp ne comporte pas moins de quatre thèmes différents, ce qui nous change des indigents morceaux actuels.