HUGUES PANASSIÉ

ET LE
BULLETIN DU

 HOT CLUB DE FRANCE

   LES CHRONIQUES DE DISQUE 

Ecoutez des chef-d'œuvres du jazz tout en lisant la chronique
d'Hugues PANASSIÉ !

 
Willie The Weeper (1927)
Louis Armstrong (tp), John Thomas (tb), Johnny Dodds (cl), Lil Hardin (piano), Johnny St-Cyr (g-bj), Pete Biggs (tu), Baby Dodds (d)

Bulletin du Hot Club de France N° 13 mars 1951

 

Willie the Weeper et les trois autres morceaux ont été enregistrés par le « Hot Seven », c'est-à-dire avec Baby Dodds à la batterie (ou plutôt à la cymbale car, à cette époque, on n'enregistrait pas encore les caisses) et Pete Biggs au tuba en plus des musiciens précédents. Le premier thème en majeur (de 16 mesures avec pont) est d'abord joué deux fois en improvisation collective, puis c'est au tour du thème en mineur (également de 16 mesures). Kid Ory* et Johnny Dodds prennent ensuite un chorus chacun sur le thème en majeur ; Johnny Dodds swingue avec une intensité extraordinaire. Louis et Lil se partagent ensuite un chorus en mineur, chacun prenant 8 mesures.
Ensuite, retour définitif au majeur. John St-Cyr qui, jusque là, s'était servi d'un banjo, s'empare de la guitare pour jouer un chorus du plus pur style Nouvelle Orléans, se fournissant à lui-même son propre accompagnement et terminant par quelques accords si joliment accentués qu'ils établissent un swing formidable et préparent merveilleusement la rentrée de Louis Armstrong. Celui-ci débute par quelques notes sur les temps forts auxquelles répondent d'impitoyables coups de cymbale de Baby Dodds sur les temps faibles.

 A la fin de son chorus, Louis « appelle » les autres musiciens par une vibrante note tenue et le dernier chorus donne lieu à l'une des plus belles improvisations collectives qui aient été enregistrées; il y a, entre autres, juste avant le pont, une merveilleuse inflexion de Johnny Dodds à la clarinette continuant à la perfection la précédente note de Louis; et, pendant tout le chorus, Baby Dodds continue son « after-beat » implacable, dans ce tempo « à retardement » qui le caractérise et dégage un swing correspondant si bien à celui de Louis.
 
* Les discographes devaient découvrir qu’il s’agissait de John Thomas, jouant dans un style très proche de Kid Ory mais de moindre valeur..
Hugues Panassié devait reprendre cette chronique dans le bulletin N° 77 d’avril 1958, en citant John Thomas. On remarquera d'ailleurs qu'il ne loue pas particulièrement le tromboniste dans cette chronique.