HUGUES PANASSIÉ et le Bulletin du Hot Club de France
Ecoutez autrement les chef-d'œuvres du jazz en lisant la chronique d'Hugues PANASSIÉ
Buck's Business (1958) CLARK TERRRY et THELONIOUS MONK
Clark Terry (flhrn) Thelonious Monk (p) Sam Jones (b) Philly Joe Jones (d)
Bulletin du Hot Club de France N° 197 avril 1970
CLARK TERRY and THELONIOUS MONK « GLOBETROTTERS » (33 t. 30 cm. Riverside 673007 -- distribution Polydor) : Globetrotter, One foot in the gutter, Trust in me, Let's cool one sur une face ; Zip co-ed, Argentia, Moonlight fiesta, Buck's business, Very near blues au verso. - Ces interprétations ont été enregistrées en 1958 par un petit groupement compose de Clark Terry (bugle), Thelonious Monk (p), Sam Jones (b), Philly Joe Jones (dms). 
Clark Terry prend d’excellents chorus clans la plupart des morceaux, notamment Globetrotter, Zipco-ed, Buck’s business, One foot in the gutter (au début de ce dernier morceau, il est terriblement « blues » et « funky »). Je sais que nombre d'amateurs de jazz pigent encore mal Clark Terry, s’imaginant qu'il sonne quelque peu comme certains trompettes bop. C’est voir les choses à l’envers. C’est Miles Davis qui a fait des emprunts à Clark Terry (il l’a reconnu) et non le contraire. Mais le jeu de Clark Terry est plein d’une sensibilité vibrante, d’un swing, d’un accent très « jazz » qui sont totalement absents de la morne trompette de Miles Davis, qui a vulgarisé, et mal vulgarisé, certaines des idées de Clark Terry. De temps en temps, il est vrai, Clark Terry exécute des phrases véloces dont quelques-unes s’apparentent plus ou moins à deux ou trois tournures familières à Gillespie mais il y a, dans la façon dont Clark Terry les joue, une décontraction, une souplesse, une vivacité rythmique qu’on aimerait bien trouver dans les chorus de Dizzy (lequel ne swingue -- parfois - que lorsqu'il joue des phrases simples -- ce qui lui arrive rarement).
Monk, lui, est (presque) rigolo -- pendant un ou deux morceaux (on s’en fatigue vite). Ceux qui persistent à rapprocher Monk de Duke n'ont pas l’oreille bien sensible. Lorsque Duke utilise des dissonances, c’est toujours musical (SUPREMEMENT musical) ; lorsque Monk en joue, ce ne sont que des dissonances.
Sam Jones joue parfois bien. Philly Joe Jones aurait pu être un bon batteur mais quel style ! Particulièrement agaçante est sa manie de jouer des breaks-frappe-à-la-porte qui vous donnent envie de dire « Entrez ! ». Dire qu'à force de laver le cerveau de leurs lecteurs avec ce Philly Joe Jones, la bande zazotteuse est arrivée à ce honteux résultat : pendant les quatre mois qu’a duré la tournée de Buckner/Jo Jones en France l'année dernière, d’innocents amateurs sont venus dire au merveilleux batteur: « Puis-je avoir un autographe, Monsieur Philly Joe Jones ? » !!!