HUGUES PANASSIÉ et le Bulletin du Hot Club de France
POURQUOI HUGUES PANASSIÉ ?
HUGUES PANASSIÉ, UNE VIE DE JAZZ

Bien que disparu en 1974 le critique de jazz Hugues Panassié fait toujours l’objet d’un intérêt certain de la part des amateurs, des musiciens et des historiens. En « inventant » le premier la critique de jazz avec son livre « Le Jazz Hot » il promut le jazz au rang d’un art à part entière. Il eut une énorme influence tant en France qu’aux Etats-Unis (voir sa biographie).
Hugues Panassié n’adhéra pas au Be Bop lorsque ce style musical apparut. Si cette attitude n’était pas aussi singulière qu’il n’y paraît comme on le verra plus loin, elle isola cependant Hugues Panassié des grands médias, mais elle stimula son ardeur à promouvoir ses idées, et son talent de polémiste.
Hugues Panassié est encore présent dans la littérature du jazz, mais plutôt en tant que précurseur et polémiste, car ses thèses et ses commentaires sur le jazz sont méconnus voire ostracisés. La voix de ses opposants a toujours été beaucoup plus puissante, ces derniers bénéficiant de tribunes dans les grands organes  de presse et étant surtout en phase avec l’air du temps de leur époque. Car en caricaturant fortement,  entre un ermite habitant Montauban défendant un jazz « classique » face à toute une « intelligentzia » « résolument moderne », l’affaire est entendue.
J’ai voulu lui consacrer ce modeste site, surtout constitué de ses propres écrits, pour exposer une autre vérité, à chacun de se faire une opinion.
Car la plupart du temps ce qu’on lit sur lui dans la littérature, la presse ou dans internet n’est que la compilation des écrits de ses adversaires. Citons par exemple l’« encyclopédie » en ligne Wikipédia qui dresse un portrait caricatural de l’œuvre et de la personnalité d’Hugues Panassié.
Ce petit site veut donc rendre hommage à Hugues Panassié, sans excès, mais en exposant ses thèses, loin des idées reçues.  
LE BULLETIN DU HOT CLUB DE FRANCE
Hugues Panassié a écrit de nombreux livres sur le jazz, mais il a surtout laissé une œuvre gigantesque : le Bulletin du Hot Club de France. Pendant 24 ans il a rédigé quasiment seul ce mensuel consacré exclusivement au jazz, tenant en particulier de savoureuses critiques de disques où dominait l'érudition, la compétence, une farouche indépendance, mais aussi un profond amour du jazz et des musiciens. La collection du Bulletin du Hot Club de France est une référence en matière de jazz « classique », un gisement que les amateurs, chercheurs, musicologues ne devraient pas négliger [1].
C’est sur ce travail que s’appuie ce site.
LA PRÉOCCUPATION MAJEURE D'HUGUES PANASSIÉ C'EST DE DÉFINIR AVEC PRÉCISION LA MUSIQUE DE JAZZ POUR MIEUX EN TRACER LES CONTOURS.

Si pour Hugues Panassié Louis Armstrong et Duke Ellington étaient parmi les plus grands musiciens de jazz, beaucoup d’autres retenaient son attention comme Art Tatum, Coleman Hawkins, Clark Terry, Ray Charles, Big Bill Broonzy. Malgré la grande variété de style de tous ces différents artistes, c’est DU JAZZ.
Hugues Panassié a cherché en permanence à dégager, exprimer et définir une essence commune à tous ces styles, pourtant si différents à l’oreille du néophyte, et y voir le génie de l’Amérique Noire. Dans le Bulletin du Hot de Club de France, le jazz est perçu dans sa globalité : le jazz, rien que le jazz, tout le jazz. Pas de pages spéciales pour le blues ou une autre pour le gospel.
La base de cette définition c'est que le jazz est la musique créée par le peuple afro-américain, intégrant des éléments africains qui donnent à cette musique toute sa singularité.

Il considérait qu’un des principaux éléments du jazz est la pulsation régulière exécutée avec alternance de tension et de relaxation, le SWING. Si difficile à définir par des mots mais qu’Hugues Panassié savait si bien faire saisir à ses auditeurs par l’écoute et l’exemple. Les autres éléments étant le vibrato, l’attaque, l’usage des inflexions [2].

POUR HUGUES PANASSIÉ LE BE BOP N’EST PAS DU JAZZ

Hugues Panassié s’est toujours montré, et bien avant le Be-Bop, soucieux de différencier ce qui « était du jazz » de ce qui ne l’était pas. Il est vrai que, le mot étant à la mode, dans les années 1930 on appelait « jazz » à peu près toute musique un peu « moderne ». Il montrait déjà son talent de bretteur [3].
À l’avènement du Be-Bop, Hugues Panassié comprit que celui-ci s’éloignait du jazz, trop imprégné de musique européenne, et que les principes fondamentaux comme le vibrato, la pulsation régulière indispensable au swing, les inflexions, l'attaque, étaient abandonnées. C'est ce renversement des canons du jazz qu'il a dénoncé, plus que tout autre chose.
En exprimant avec force que le Be Bop n’était pas du jazz, Hugues Panassié s’attira les foudres de la quasi-totalité du reste de la critique ( lire cette page). Mais il n’était pas homme à céder aux modes et à la « pensée unique » et il combattit, non le Be Bop en tant que tel, mais le Be Bop en tant que musique de jazz.
Il faut noter que d’autres ont aussi refusé le Be-Bop, comme le critique anglo-américain Stanley Dance, par ailleurs biographe officiel de Duke Ellington. Des personnalités aussi différentes que les regrettés dessinateur Cabu et le réalisateur Jean-Christophe Averty partageaient largement les idées d'Hugues Panassié sur le jazz.
De nombreux musiciens et non des moindres ont aussi soutenu Hugues Panassié, ainsi que de nombreux amateurs et connaisseurs. Mais pour beaucoup la peur de ne pas être « dans le coup » l'a emporté sur leurs convictions intimes.
Le tempérament d’Hugues Panassié, son goût de la polémique, son indépendance l’isolèrent dans un monde tout acquis à la « modernité », à « l’évolution », au « progrès » où on a tendance à appliquer à l’art les règles de la technologie.
Cette indépendance lui a coûté très cher. Alors que la plupart des critiques avaient des situations à la radio (ORTF, Europe 1 …) ou dans de grands journaux, il n'avait plus pour vivre qu'un quart d'heure hebdomadaire à la radio et ses livres. Il s’est ruiné pour le jazz, dilapidant la fortune familiale.

Rien que pour cette attitude romantique, Hugues Panassié mérite d’être plus connu et apprécié à sa juste valeur.

UNE IDÉE REÇUE : HUGUES PANASSIÉ N’AIMAIT QUE LE JAZZ TRADITIONNEL

Beaucoup s’imagine qu’Hugues Panassié, muré dans sa forteresse de Montauban (une maison plutôt modeste au 15 fg du Moustier), n’écoutait plus que les musiciens d’avant 1945, jetant l’anathème sur tout ce qui était nouveau.
C’était mal le connaître. Il écoutait tout ce qui paraissait, John Coltrane comme Albert Ayler. Son attitude sur le Be Bop n’était pas aussi tranchée que l’on croit. Il considérait les créateurs de cette musique comme de bons jazzmen s’éloignant au fil du temps de ce qui fait le jazz (lire la chronique de Groovin’ Hight).
Et surtout il louait de nombreux nouveaux talents au style quelquefois influencé par le Be Bop comme Clark Terry, Sonny Criss, George Benson et d’autres. Il faut lire à ce sujet ses chroniques de disque reproduites dans ce site et regroupées sous « Les modernes ».
Enfin il n’a pas dédaigné, à l’inverse de la plupart des autres critiques, les nouvelles générations de musicien s’exprimant pour la danse (c'est à dire comme tous les grands jazzmen avant 1945) et souvent dans le registre du blues, comme Ray Charles, Earl Bostic par exemple, relégués dans les catalogues sous la dénomination Rhythm & Blues. De même il rendait justice à des créateurs injustement dénigrés comme l’immense Illinois Jacquet .

Hugues Panassié n’était donc pas l’homme d’un style comme le pense ses détracteurs, mais au contraire ouvert sur la nouveauté. C’est dans le bulletin qu’a été révélé, ou du moins valorisé, le talent de beaucoup comme  Monty Alexander. Connaissons-nous dans notre entourage beaucoup d'amateurs aussi ouverts ?

En résumé Hugues Panassié défendait l'idée d'une musique singulière et vivante qui pouvait évoluer autrement qu’en convergeant vers les canons de la musique européenne.

HUGUES PANASSIÉ EN DEHORS DU JAZZ

Parce qu’il était catholique, qu’il avait de vagues sympathies royalistes, on a voulu faire d’Hugues Panassié un affreux extrémiste de droite, disqualifiant ainsi l'homme aux yeux de certains ce qui permet de ne pas avoir à discuter ses opinions sur le jazz.
On reproche à Hugues Panassié certaines outrances verbales dans la polémique. Mais on oublie, que c'était une pratique courante dans les années 30-60, même si on peut le regretter (rappelons les mots de Jean-Paul Sartre sur  Raymond Aron).
De même une certaine idéalisation du « Noir », si elle est un peu naïve, procède aussi du sort qui était réservé aux musiciens afro-américains dans leur pays et Hugues Panassié était révolté de voir les créateurs du jazz aussi peu considérés et rémunérés.

Bien sûr comme chacun d’entre nous, Hugues Panassié avait ses forces, ses faiblesses, ses goûts personnels, les modes de pensée et les opinions de sa génération et de son milieu et il peut être tentant de peindre un tableau négatif de sa personnalité à la lumière des poncifs de notre époque.
Sait-on qu’en 1944 il cacha à Montauban des jeunes gens afin qu’ils échappent au STO ? Comme l’emblématique Jean-Marie Masse, futur créateur du Hot Club de Limoges [4].


En réalité Hugues Panassié était un inclassable, d’une liberté absolue, un vrai anticonformiste. Et chose très rare chez les critiques, il savait reconnaître ses erreurs [5]. On peut ne pas être d'accord avec ses choix, ses thèses. Mais encore faut-il bien les connaitre, sans a priori.

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