HUGUES PANASSIÉ et le Bulletin du Hot Club de France
Ecoutez autrement les chef-d'œuvres du jazz en lisant la chronique d'Hugues PANASSIÉ
West Coast Blues (1956)       SONNY CRISS
Sonny Criss (as) Kenny Drew (p) Buddy Woodson (b) Chuck Thompson (d)
Bulletin du Hot Club de France N° 126 mars 1963
SONNY CRISS, "BLUES POUR FLIRTER", 2 (45 t. « EP » Polydor 27.717 - medium) : Come rain or come shine, If I had you; Willow weep for me, Blue Prelude.
Sonny Criss (saxo alto) est accompagné par une section rythmique cornposée, je crois, de Kenny Drew (p), Leroy Vinnegar (b), Lawrence Marable (drn) dans les deux premiers rnorceaux; et de Sonny Clark (p), Barney Kessel (g), Buddy Woodson (b), Chuck Thompson (dm) dans les deux derniers. Un excellent disque !
Récemment, un membre du hcf a entendu un amateur de bop dire : « Panassié loue Sonny Criss ! Il devient progressiste ». C'est effrayant d’avoir à faire à de pareils idiots ! A-t-il confondu Sonny Criss et Sonny Stitt ? Ou bien est-ce parce que Sonny Criss a débuté en jouant quelque peu comme Parker qu’il est définitivement catalogué comme bopper par ces demeurés, meme si depuis des années il fait de la musique se situant dans la vraie tradition du jazz ? Cela rappelle l'immense bourde d'Ignorantin Zazotteux cataloguant Ray Bryant parmi les néo-boppers parce que ce dernier avait joué trois ou quatre clichés de Bud Powell dans deux ou trois enregistrements avec des progressistes.
Ecoutez attentivement ces quatre interprétations et vous constaterez que Sonny Criss évoque souvent des altos comme Johnny Hodges, Eddie Vinson, Hilton Jefferson, etc. ; et qu’il fait un superbe emploi d’inflexions typiquement jazz ; qu’il swingue, fait chanter son instrument et joue avec une flamme impétueuse, s’opposant en tout cela au jeu morne, éteint, « mort » des progressos.
Le second chorus de Willow weep for me, plein de l’esprit du blues, est particulierement bien développé. J’aime beaucoup aussi la façon dont Sonny Criss interprète Come rain or come shine. Et les deux autres morceaux sont loin d’être négligeables.
Puisque nous en sommes à Sonny Criss, je dois dire que je n'ai pas suffisamment loué son West Coast Blues (Polydor 45 t 27.706 - le premier « Blues pour flirter »), que je viens de réentendre et qui me paraît aujourd’hui le meilleur de tous ses disques ; je vous le signale car il est encore trouvable.