HUGUES PANASSIÉ et le Bulletin du Hot Club de France
HUGUES PANASSIE ET SES " AMIS " LES CRITIQUES
Comme nous avons essayé de le souligner dans ce site Hugues Panassié fait régulièrement l'objet d'attaques " ad hominem " et de dénigrement systématique.
Notre ami Pierre Christophe (excellent connaisseur de Panassié et fondateur du Hot Club de Marennes-Oléron) a bien voulu nous confier un texte citant deux exemples, parmi tant d'autres, de tels débordements. Où l'on voit le parti-pris et la mauvaise foi systématique.
Faut-il que Panassié dérange autant
 ?
Quel sectaire, ce  PANASSIÉ ! C’est pas comme les autres !
    EPISODE 1 : FRANCK NEWTON
Dans « Le Point du Jazz » N°18 de novembre 1982 paraissait un article de Bernard Niquet sur le trompettiste Franck Newton. En 1995 était publiée une réédition en CD de Jimmie Lunceford  chez Masters of Jazz avec un livret signé de l’excellent Claude Carrière dans le volume 5 de la série. Ces deux textes sont très représentatifs de l’acharnement de bien des critiques, médias de toutes sortes et ignorants divers, de propager l’idée que Panassié était un sectaire impossible et mieux encore, si possible, de l’évincer des mémoires. C’était l’homme à abattre et pour cela tous les coups étaient permis. Jugez plutôt.
Voici le premier texte qui laisse entendre que Panassié désigne  Franck Newton comme « coupable » (c’est le mot employé par Bernard Niquet, pas par Panassié).  Coupable de quoi, d’ailleurs, on ne sait trop. De ce qui précède ou de ce qui suit dans le texte ? Peu importe. L’essentiel est de glisser la peau de banane.

« Vivait aux USA il y a une quarantaine d’années, un robuste garçon qui jouait de la trompette dans un style coulant, mélodieux et coloré et qui faisait la joie de ses collègues en raison des harmonies « avancées » qu’il affectionnait. Vint de France un gros critique dont l’un des  premiers soucis fut d’enregistrer ce trompette avec un entourage un peu hétéroclite … Le coupable avait nom Franck Newton. Les disques furent dénigrés par l’intelligentsia jazziste de l’époque, et comme ils étaient sortis sous le nom de Newton, c’est celui qui fut voué aux gémonies. Or le dit critique avait confié le recrutement des musiciens à son grand ami Milton « Mezz » Mezzrow qui porte la responsabilité ……….. ».
Bernard Niquet

(Je tiens la longue suite de l’article à votre disposition, mais vous avez déjà compris ce qu’il fallait comprendre).
Premier point : le gros critique n’avait pas pour « premiers soucis » d’enregistrer ces disques comme inspiré par une lubie soudaine, puisqu’il était là précisément avec mission de réaliser ces disques pour la jeune marque « SWING » dont il avait l’aval juridique et financier. Et vous aurez remarqué l’élégance de la formule « gros » et sa parfaite adéquation avec les exigences de la critique musicale. Oublions tout de suite l’hypocrisie de ne pas désigner les gens par leur nom. En plus Hugues n’était pas gros à l’époque mais un élégant jeune homme bien proportionné ; il suffit de voir les photos prises alors, notamment celle archi-connue prise en studio avec James P. Johnson, Zutty, Mezz, et Tommy Ladnier.
Eh bien voici 3 textes du « gros critique », non pas écrits en 1982 comme l’article de Bernard Niquet mais en 1938 (44 ans avant, une paille ! ), en 1968 14 ans avant et en 1972, soit encore 10 ans avant.

- 1938 ; extrait d’une lettre du « gros critique » à Salvador Nepus. ( un ami d’origine russe, harmoniciste et resté à Paris où Hugues le tenait au courant de son séjour à New York qui nous valut le livre d’Hugues « Cinq mois à New York » ) :
« Le meilleur trompette entendu jusqu’à présent est de beaucoup Franck Newton qui a une magnifique sonorité large, ample, puissante, en fait la plus belle que je connaisse en dehors de Louis (Armstrong) ».

-
1968
; Chronique parue dans le Bulletin du HCF N°17
« Mais c’est surtout Franck Newton qui m’a surpris dans le chorus de »Who » et dans les 3 chorus de « Sunrise » ( le premier avec sourdine, les deux autres sans), il me touche aujourd’hui plus qu’il ne l’avait jamais fait. J’en conclus  que pour faire la critique d’un disque, c’est un inconvénient d’avoir supervisé son enregistrement : on se reproche ensuite les imperfections qui, semble-t-il, auraient pu être évitées et on ne l’écoute pas avec la sérénité voulue. Avec un recul de 30 ans, j’entends ces Franck Newton d’une oreille décontractée et c’est probablement pourquoi j’y prends plus de plaisir car ils sont vraiment bons. »

-
1972
; Parachevons ces exemples avec un extrait de la chronique du disque « Mezzrow-Newton-The Big Apple » Bulletin du HCF décembre 1972, 10 ans encore avant l’article de Bernard Niquet :
« Vient ensuite Franck Newton qui joue un de ses meilleurs solos enregistrés dans « Mutiny in the parlor »  et mène avec  lyrisme la belle improvisation collective par laquelle s’ouvre « Melody from the sky ». Mezz n’est pas aussi heureux que dans les séances de 1934 et 1937 » .

Vous croyez vraiment qu’il n’aimait pas Franck Newton, le gros critique ?
Que serait-ce s’il l’avait aimé !
Notez aussi qu’Hugues n’est pas aveuglé, comme on le prétend, par son amitié pour Mezz, et sait émettre les restrictions voulues à son égard, même s’il évoque l’emploi d’une mauvaise anche pour atténuer la rigueur du propos.
Cher Bernard Niquet, Hugues ne cherchait pas de « querelles d’allemands » à Franck Newton, mais vous faites partie de cette génération qui a été élevée, jazzistiquement, par quelques uns de ses ainés dans la haine, le mot n’est pas excessif, d’Hugues Panassié née de leur jalousie plus que de quelques traits de caractère, comportements, travers  et croyances d’Hugues  que tout le monde connaissait bien, sans avoir pour autant envie de l’écarteler en place de Grève.
Toute une génération a été convaincue de sa partialité alors qu’il était tout simplement ferme sur des opinions fondées sur sa riche expérience, le contact et l’amitié des musiciens noirs que personne n’avait comme lui.  Dans mon petit secteur d’amateurs, je suis entouré de gens qui « n’aiment pas Panassié » sans avoir jamais lu une ligne de ses livres, ou de ses chroniques de « Jazz-Hot », de   « La Revue du Jazz » ou du « Bulletin du HC  ». C’est en toute ignorance qu’ils ne l’aiment pas, puisqu’on leur a dit que c’était un type impossible. Aujourd’hui, on parlerait de « bien-pensance » ou de « politiquement correct ».
On pourra faire remarquer qu‘ Hugues exprime, dans « Quand Mezzrow enregistre » chapitre 5, qu’il avait eu quelques réticences à prendre Franck Newton en partie sans doute  en raison d’un style « nouveau » ou « moderne » qu’il appréciait dans d’autres contextes (voir lettre à Salvador Nepus) mais qui en ces circonstances précises s’accordait moins stylistiquement avec le reste de la formation. Il le dit clairement et avait contacté notamment Jonah Jones et Rex Stewart pas libres, renonçant à Tommy Ladnier et Sidney De Paris trop récemment utilisés et tous en effet préférables à Franck Newton dans une telle formation. Franck, en outre, semble  ne pas avoir été dans sa meilleure  forme ce jour-là….comme Mezz dans la séance « Big Apple », mais pour ce dernier, on n’entend personne protester ! Le plus drôle, c’est que Bernard Niquet parle lui même à ce propos de l’ « entourage un peu hétéroclite », déjà signalé plus haut dans le texte cité.

Alors essayer de nous faire croire qu’Hugues était passé complètement à côté du talent de Franck Newton, c’est sciemment tromper son monde.
    EPISODE 2 : JIMMIE LUNCEFORD
L’exemple suivant est tout aussi démonstratif, mais fait plus dans l’omission que dans la suggestion.

Tout le monde sait que Jimmie Lunceford a dédicacé « Le Jazz-Hot » enregistré en 1939 à Hugues Panassié et plus précisément au livre d’Hugues paru en 1934 sous ce titre et qui faisait encore fureur. En plus, c’est écrit en toutes lettres sur l’étiquette du 78t. : « Dedicated to Hugh Panassié » y compris l’orthographe américaine du prénom Hugh ! On se demande bien pourquoi Lunceford se serait donné la peine d’intituler ainsi le morceau avec l’article français « Le », au lieu de l’anglais « The », si ce n’était dans l’intention évidente  de rendre hommage au livre et à son auteur !
Eh bien voici malgré tout ce que vous pouvez lire dans le livret qui accompagne la réédition du morceau dans le CD vol 5 de « Masters of Jazz » :

« Le Jazz Hot », hommage aux amateurs français et à la revue du même nom qui avait déjà quatre années d ‘existence, donne sur un tempo un peu plus enlevé, la même impression de lévitation. Points forts, les solos de Sy Oilver et de Joe Thomas, portés par des riffs d’autant plus efficaces qu’ils ont une simplicité biblique. Notez en point de suspension le clin d’œil du piano à un vieux cliché de « jazz vraiment hot » 
!

C’est tout. Pas la moindre mention du nom d’Hugues Panassié.
Et reposons une deuxième fois la question : Pourquoi Lunceford se serait-il donné la peine d’intituler le morceau « Le Jazz Hot » si cela avait été pour rendre hommage à la revue citée, puisque celle-ci s’appelle « Jazz-Hot » et non « Le Jazz Hot ». Imaginez un jeune amateur devant ce tour de passe-passe ! Qui lui révélera ces contre-vérités ? Comment peut-on s’autoriser à  leurrer le public à ce point ? C’est à peine croyable ! On a bien sûr la réponse : occulter Panassié à tout prix.
Pour finir d’enfoncer le clou, voici l’anecdote finale : Le 26 décembre 38, les orchestres de Duke Ellington et de Jimmie Lunceford jouent en alternance au cours d’une « Battle » célèbre restée dans l’histoire à l’ « Athletic Club » de Philadelphie, échangeant à cette occasion quelques pièces de leurs répertoires respectifs. Lunceford lui-même avait emmené Hugues dans le « bus » de l’orchestre pour ce déplacement depuis New York.  Duke Ellington informé de la présence d’Hugues dans la salle, fait jouer « Le Jazz Hot » par son propre orchestre en son honneur.
On peut même ajouter que  Duke avait prévu de son côté d’enregistrer ce titre en hommage à Hugues et à son livre et donc tout naturellement choisi le même titre que Lunceford ! Pataquès ! Les managers de Brunswick tentèrent bien de faire renoncer Lunceford, mais celui-ci tint bon et le morceau de DUKE sortit sous le nom de « Battle of Swing ».
Deux chefs de l’envergure de Duke et Lunceford se disputant l’honneur de lui rendre hommage, c’est plus que ce que les adversaires d’Hugues ne peuvent supporter ! Donc, silence !
L’affaire archi-connue est bien rapportée dans le livre d’Eddie Dittermayer « Rhythm is our business » (Histoire de l’orchestre Lunceford, fort bien documentée. Le titre est également celui d’un célèbre enregistrement de l’orchestre) page 154 avec même le compte-rendu qu’Hugues fit de cette soirée mémorable !!!!! Est-ce que ça suffit comme ça ? Non ? Page 156 du même ouvrage : « …. Le Jazz Hot a tribute to fan Hugues Panassié and his publication of the same name. »
Oh, oui ! Ce qu’Hugues appelait « le barrage » et qui l’a, entre autres, évincé des indispensables radios, oui, ce barrage a bien fonctionné aux mains de beaucoup.
Littéralement, on l’a baillonné. Et tous ceux que son immense stature gênait ont sciemment désinformé leurs contemporains et les générations suivantes d’amateurs et critiques sincères et extrêmement compétents comme les  rédacteurs des textes que je cite. Comment en sont-ils arrivés là ? On se le demanderait si l’on ne voyait quotidiennement des errances semblables en tous domaines et les dogmatismes prendre le pas sur la vérité.
Essayons de refouler tout ça au loin et de ne retenir que ces deux adages chers à Hugues Panassié exprimant bien pour Duke et Lunceford que sans swing il n’est pas de jazz.

« It don’t mean a thing, if it ain’t got that swing » (Duke Ellington).
« T’ain’t what you do, it’s the way how you do it » (Jimmie Lunceford).

PIERRE CHRISTOPHE