HUGUES PANASSIÉ et le Bulletin du Hot Club de France
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Saturday Night Blues (1963) KENNY BURELL
Stanley Turrentine (ts) Kenny Burrell (g) Major Holley (b) Bill English (d) Ray Barretto (cga)
Bulletin du Hot Club de France N° 240 septembre 1974
KENNY BURRELL « MIDNIGHT BLUE » (33 t. 30 cm. Blue Note BST 84123 U -- distribution D P I) : Chittlins con carne, Mule, Soul lament, Midnight blue sur une face ; Wavy gravy, Gee ain’t I good to you, Saturday night blues au verso. -- Ces interprétations ont été enregistrées le 7 janvier 1963 par Kenny Burrell (g), avec Stanley Turrentine (ts), Major Holley (b), Bill English (dms), Ray Barretto (conga - ce dernier toutefois n’apparaît que dans certains morceaux - de même que Stanley Turrentine).
Ce recueil contient une interprétation de grande classe : Saturday night blues, copieux blues en tempo modéré clans lequel Kenny Burrell se surpasse (je ne l’ai jamais entendu mieux jouer, tant dans ses chorus-solos, au cours desquels il fait preuve d’un sens consommé du blues, que dans la manière dont il ponctue d’accords cinglants les excellents chorus de Stanley Turrentine. Tout le monde swingue énormément dans ce morceau, en particulier Major Holley dont le jeu de contrebasse, d’un formidable « drive », installe, maintient, anime le tempo de façon impressionnante. Midnight blue est aussi du bon blues, en tempo moyen celui-là, enregistré sans Turrentine. Kenny Burrell y joue en solo d’un bout à l’autre, aussi inspiré que dans Saturday night blues. Deux autres morceaux sont entièrement interprétés par Kenny Burrell : Gee ain't I good to you (avec accompagnement de basse et batterie), fort joli, et Soul lament (sans le moindre accompagnement) que je ne goûte guère. 
Dans Mule (c’est le surnom de Major Holley), de larges glissandos de contrebasse introduisent et concluent l’exécution d‘un autre blues, en tempo semi-lent cette fois, avec superbe solo de Kenny Burrell ; Turrentine est moins heureux ici. Les deux autres morceaux sont aussi des blues. Je les aurais préférés en strict 4/4 mais ils sont quand même swingués, surtout Wavy gravy.
C’est un bon disque mais avec un batteur « poussant » davantage les musiciens que ne le fait Bill English (qui ne s’anime vraiment que dans Saturday night blues), il fait peu de doute que nous aurions eu encore mieux.